Souvenir de celui qui ne portait pas de chaussettes đŸ˜Ž

Ado, j’ai eu un Ă©ducateur, j’en ai mĂȘme eu plusieurs mais je ne me souviens bien que d’un seul et plus prĂ©cisĂ©ment je me souviens bien de ses pieds…des chaussures bateaux qu’il portait sans chaussettes, je me souviens qu’il Ă©tait blond mais je ne me souviens pas prĂ©cisĂ©ment de son visage, juste ses pieds. Des pieds de vacanciers, dĂ©tendus, sans chaussettes… La « maison des Ă©ducateurs » Ă©tait accolĂ©e Ă  une maison d’un tout autre genre, la maison d’une grosse dame en mini- short vert qui attendait le client sur le trottoir devant sa fenĂȘtre oĂč elle avait mis un petit panier avec un message « je reçois de telle heure Ă  telle heure
 »

On pense souvent que les Ă©ducateurs sont lĂ  uniquement pour  les jeunes placĂ©s en foyer ou pour les jeunes dĂ©linquants , j’ai le souvenir d’une prof d’anglais Ă  qui j’étais venue apporter un justif suite Ă  une absence, sans me rendre vraiment compte de ce que ça pouvait Ă©voquer d’ĂȘtre suivie par un Ă©ducateur, elle avait semblĂ©e horrifiĂ©e « Toi ? Toi tu vas voir un Ă©ducateur ? » Je n’avais pas trop le profil surement
hyper timide, plutĂŽt sĂ©rieuse
je ne voulais surtout pas me faire remarquer, j’arrivais toujours Ă  l’heure, je n’étais pas insolente ou trĂšs rarement 😉
j’ai toujours respectĂ© les rĂšgles et ça pour une bonne raison, je ne voulais surtout pas me faire engueuler, jamais. Deux trois fois dans l’annĂ©e il m’arrivait de ne pas vouloir aller en cours, mais dans ce cas-lĂ  je demandais tout simplement Ă  ma mĂšre l’autorisation de sĂ©cher et c’est seulement avec son accord et sa complicitĂ© que je restais parfois trankilou Ă  la maison. J’étais certaine comme ça de ne pas avoir de problĂšmes
.Je me souviens de « camarades » de classe se moquant un peu de moi et qui apparemment m’imitaient pensant que je venais d’un milieu qui n’était pas du tout le mien 
 « Qu’ouĂŻs-je ? Qu’entends-je ? » Comment on pouvait on ĂȘtre Ă  ce point Ă  cotĂ© de la plaque???… mais j’ai toujours su donner le change
j’étais en difficultĂ© mais ce n’était pas marquĂ© sur mon front et ça m’allait trĂšs bien


C’est drĂŽle quand mĂȘme en tout cas cette peur toujours, de me faire engueuler 
.De mes premiers souvenirs d’école et jusqu’à mon dernier boulot encore, dans ma vie professionnelle, je reste un peu flippĂ©e de faire quelque chose de travers et de me prendre une soufflante, je ne supporte pas ça, quelque part je ne supporte pas l’autoritĂ© et quand j’y pense je me dis que c’est ce qui fait de moi aussi l’ employĂ©e que je suis, plutĂŽt une bonne exĂ©cutante mais qui ne prendra jamais trop de risque ou d’initiative, qui restera bien dans les clous Ă  faire ni plus ni moins que ce qu’on lui a demandé .

Souvenir de celui qui ne portait pas de chaussettes, de nos diffĂ©rents entretiens, de nos Ă©changes il ne me reste pas grand chose, c’Ă©tait notre dernier rendez-vous, ma sƓur aurait dĂ» ĂȘtre lĂ  avec moi mais elle avait fumĂ© des cigarettes, ça l’avait rendue malade et Ă  contre cƓur j’avais dĂ» y aller seule, il m’avait souhaitĂ© bonne route, bonne continuation d’une façon un peu solennelle, je l’avais senti vraiment sincĂšre. Je suis arrivĂ©e Ă  bon port…

On peut dire beaucoup de chose des gens en regardant leurs chaussures. OĂč ils vont. OĂč ils sont allĂ©s. ” Robert Zemeckis De Robert Zemeckis / Forrest Gump.

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